À l’occasion de la Journée nationale de l’enseignement en République démocratique du Congo, la Radio de la Femme a échangé ce vendredi 30 avril 2026 à Lubumbashi, avec Christelle SUKADI, professeure associée au département des Sciences de l’Information et de la Communication, à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Lubumbashi.
Dans cet entretien, elle parle du quotidien du métier, des difficultés rencontrées et du regard, parfois partagé, parfois critique, que l’on porte sur l’enseignement.
Un métier exigeant, au-delà des questions de genre
Pour la professeure SUKADI, les difficultés liées à l’enseignement ne concernent pas seulement les femmes : elles touchent tous les enseignants. Elle insiste surtout sur la charge de travail, l’effort constant pour garder des cours de qualité, et le manque, parfois, d’infrastructures vraiment adaptées.
Entre plusieurs cours à assurer, l’encadrement des étudiants, et une fatigue à la fois mentale et physique, il est facile de se sentir à bout, voire de perdre courage. Elle admet tout de même qu’en tant que femme, d’autres contraintes viennent s’ajouter, surtout celles de la vie familiale. Mais selon elle, le vrai problème reste d’abord lié aux conditions de travail, plus qu’à une question de genre.
« Donc ce sont des défis, oui, qui relèvent du fait que je sois femme, c’est vrai, parce qu’après ça, bien évidemment, on rentre à la maison, il y a autre chose à faire, mais les hommes aussi ont les mêmes défis à relever, je pense. » Raconte-t-elle.
L’enseignement ne paie pas : une réalité relative
Sur la question du salaire, la professeure associée Christelle SUKADI estime que cela dépend beaucoup des situations. Certains enseignants se donnent énormément sans que la rémunération suive, ce qui explique pourquoi cette idée est si répandue.
Mais elle rappelle aussi que d’autres arrivent à mieux s’en sortir, notamment grâce aux possibilités offertes par le numérique : cours en ligne, visibilité sur internet, et d’autres façons de partager son savoir qui peuvent être rémunérées autrement.
Pour elle, il est donc compliqué de répondre de façon tranchée : pour certains, l’enseignement rapporte peu, tandis que pour d’autres, il ouvre aussi des perspectives.
Par ailleurs , abordant la question des discriminations liées au genre, la professeure dit ne pas avoir vécu de discrimination directe en tant que femme. Elle évoque toutefois quelque chose de plus discret : il arrive qu’on attende davantage d’une femme, comme si elle devait prouver plus que les hommes. Mais une fois les compétences reconnues, cette situation peut aussi jouer en sa faveur, avec parfois une reconnaissance plus forte.
Elle décrit cela comme une réalité « dans les deux sens », entre pression et valorisation.
« Mais dans un autre sens, dès que les gens voient que vous avez les compétences, on vous considère justement deux, trois fois plus que les hommes, parce qu’on se dit, ah mais c’est génial, c’est une femme qui fait ça, d’habitude on ne voit que les hommes. Donc c’est vraiment un peu dans les deux sens. » Explique-t-elle.
Un métier noble à ne pas minimiser
À ceux qui dévalorisent le métier d’enseignant, son message est simple : enseigner reste un travail essentiel et respectable. Former, transmettre, aider à organiser les connaissances, et accompagner des générations entières, c’est le cœur de cette profession. Elle rappelle d’ailleurs que tout le monde, quel que soit son domaine, a eu un enseignant à un moment de sa vie.
Selon elle, minimiser l’enseignement, c’est donc minimiser l’un des piliers de base de toute société.
Il faut rappeler que la Journée nationale de l’Enseignement en République démocratique du Congo (RDC) est célébrée chaque année le 30 avril. Cette année 2026, elle se tient sous le thème « financement durable et la transformation du secteur ». Cette journée rend hommage au personnel éducatif et scientifique, et met en avant le rôle central de l’éducation dans le développement du pays.
Ruth Kutemba /Lubumbashi
