Depuis plus d’une décennie, les organisations féminines congolaises mènent un plaidoyer constant en faveur de l’effectivité de la loi sur la parité. Dès 2013, elles ont activement accompagné le processus parlementaire visant à doter la République démocratique du Congo d’un cadre juridique garantissant l’égalité de droits, de chances et de représentation entre les femmes et les hommes.
Si une première loi prônant un quota de 30 % avait été adoptée, celle-ci fut malheureusement déclarée inconstitutionnelle, contraignant les femmes à reprendre le combat. En 2014, réunies en synergie, les organisations féminines ont mis en place un groupe de travail technique chargé de reformuler les dispositions rejetées, d’élaborer un argumentaire juridique solide et d’accompagner le Parlement dans la relecture du texte.
Ce plaidoyer soutenu marqué par des dépôts formels, des échanges avec la Commission socioculturelle de l’Assemblée nationale et des actions de mobilisation politique et communautaire, dont la pétition initiée par le mouvement Rien Sans les Femmes (RSLF) ayant recueilli près de 207 000 signatures a abouti à un tournant historique : la promulgation, le 1er août 2015, de la loi n°15/013 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité.
Cependant, plus de dix ans après, l’un des principaux mécanismes prévus par cette loi demeure non opérationnel. L’article 31 prévoit en effet la prise d’un décret du Premier ministre, délibéré en Conseil des ministres, fixant l’organisation et le fonctionnement du Comité interministériel ainsi que du Conseil national du genre et de la parité.
Face à l’absence prolongée de ce décret, WILPF-RDC avait élaboré un projet conforme à la loi et aux réalités institutionnelles du pays.
Celui-ci a été soumis à un atelier de validation réunissant le service juridique et la cellule d’études et de planification du ministère du Genre, Famille et Enfant, ainsi que des organisations féminines de la société civile. La démarche a ensuite été relayée par le Mouvement Rien Sans les Femmes, qui a produit une version actualisée du projet de décret et l’a remise aux ministres successives du Genre, ainsi qu’au Chef de l’État lors de rencontres avec le groupe des Femmes d’exception du Congo.
« Nous ne sommes ni dans une revendication nouvelle, ni dans une demande improvisée », soulignent les actrices de la société civile. « Le projet de décret existe. Les structures sont définies. Les missions sont claires. Les mécanismes de financement sont prévus par la loi. Ce qui manque encore, c’est l’acte politique décisif permettant de rendre cette loi pleinement opérationnelle.», a dit la Représentante de cette structure.
Pour les organisations féminines, l’opérationnalisation du Conseil national du genre et de la parité constitue un levier stratégique pour renforcer la gouvernance inclusive, honorer les engagements nationaux et internationaux de la RDC et offrir aux femmes congolaises un cadre institutionnel crédible de participation à la prise de décision.
À l’issue d’un atelier de plaidoyer organisé tenu à Kinshasa entre le 10 et le 11 février 2026, les participants ont salué le leadership et l’engagement de la ministre du Genre, ainsi que la qualité des échanges ayant permis d’enrichir le texte.
« Les recommandations formulées traduisent notre volonté commune de disposer d’un mécanisme clair, inclusif et opérationnel », ont-ils déclaré, réaffirmant leur disponibilité à accompagner la mise en œuvre des conclusions issues des travaux et à contribuer à la vulgarisation du décret une fois adopté.
Les organisations féminines appellent ainsi à une action rapide afin que les acquis juridiques obtenus de haute lutte se traduisent enfin en réalités institutionnelles, au bénéfice de la bonne gouvernance et du développement durable de la République démocratique du Congo.
Rédaction
